Je suis tombé sur un chiffre qui résume assez bien le moment bizarre dans lequel on est avec l’IA.
Les gens veulent des bénéfices concrets. Ils veulent que l’IA fasse gagner du temps, améliore les services, aide à mieux travailler, simplifie des tâches pénibles.
Mais ils ne font pas vraiment confiance aux gens qui construisent tout ça.
Et franchement, c’est peut-être le vrai sujet.
Le décalage est énorme
Dans une étude Pew Research publiée en 2025, 76 % des experts IA pensent que l’IA va plutôt leur bénéficier personnellement. Côté grand public américain, ils ne sont que 24 % à penser la même chose.
À l’inverse, 43 % du grand public pense que l’IA va plutôt lui nuire. Chez les experts, seulement 15 % partagent cette crainte.
On a donc deux mondes qui regardent la même technologie, mais qui ne voient pas du tout le même film.
Les experts voient un levier. Les autres voient un risque. Une machine qui va décider à leur place, déplacer des emplois, compliquer leur vie, capter encore plus de données, ou enrichir des entreprises déjà énormes.
Ce n’est pas irrationnel. C’est même assez logique.
Les bénéfices doivent se voir
Un article de The Neuron formule bien le problème : dire « faites-nous confiance, vous allez en profiter » ne suffit plus.
Les bénéfices doivent être visibles. Baisse de facture. Meilleurs services publics. Formation locale. Emplois réels. Données environnementales transparentes. Protection des enfants. Outils qui aident vraiment les gens, pas seulement une promesse PowerPoint sur la productivité future.
Je trouve ça très juste.
Dans mon usage quotidien, l’IA m’aide énormément. J’ai même écrit récemment pourquoi je passais de Claude à ChatGPT, parce que l’outil avait fini par mieux coller à mon organisation. Mais je suis aussi pile dans la population qui peut en profiter : je suis curieux, équipé, déjà dans le numérique, capable de tester, comparer, changer d’outil.
Tout le monde n’est pas dans cette position.
Le problème n’est pas seulement technique
Autre chiffre intéressant : dans une autre analyse Pew de 2025, 55 % des adultes américains disent vouloir plus de contrôle sur la façon dont l’IA est utilisée dans leur vie. Les experts IA sont presque au même niveau : 57 %.
Là, le message est clair. Même ceux qui croient à l’IA ne veulent pas juste subir son déploiement.
Et c’est probablement là que les labs ont un problème de confiance.
Ils parlent de modèles, de benchmarks, de raisonnement, d’agents, d’AGI. Le grand public, lui, regarde la facture d’électricité, le risque sur son métier, les deepfakes, les données personnelles, les enfants, l’école, les décisions automatisées.
Deux conversations différentes.
Mon ressenti
Je reste convaincu que l’IA peut apporter énormément. Mais je crois de moins en moins à l’idée qu’il suffit de montrer des démos bluffantes pour embarquer les gens.
Les gens n’ont pas besoin qu’on leur explique que le modèle est impressionnant.
Ils ont besoin de voir ce que ça change pour eux. Dans leur travail. Dans leur ville. Dans leur école. Dans leur portefeuille. Dans leur quotidien.
Et tant que ce n’est pas clair, le scepticisme va continuer. Pas parce que les gens n’ont rien compris. Parce qu’ils ont très bien compris que les bénéfices ne tombent jamais automatiquement du bon côté.
Sources : Pew Research Center, avril 2025 et The Neuron, mai 2026.